mardi 15 février 2011

Rapport d'immersion Erasmus: Jour 1.

Arrivée à 10h pétante devant le bâtiment principal de l'université d'Athènes : plutôt classe, entrée avec grandes colonnes couleur crème, donnant sur une petite place squattée par quelques sans papiers. Première question : que font tous ces gens avec des fleurs à la main qui attendent sur le perron ? Est-ce bien ici ? Une fille avec écrit en gros caractères « ERASMUS » me confirme que c'est bien le lieu de rendez-vous, m'invite à ma rendre dans la cour voir la prochaine fille portant le même t-shirt qui m'indiquera un couloir, et ainsi de suite jusqu'à l'auditorium. Je le demande, quand même, pour l'histoire des fleurs, réponse : c'est une remise de diplômes... Curieux, ca ressemblait plus à un enterrement...
Bon, j'entre donc dans l'auditorium et la première langue que j'entends est le français, comme à la maison. L'ambiance est feutrée, quelques-uns semblent être venus en groupe, d'autres s'isolent dans une rangée, les regards se croisent, se jaugent. Je me place tout en haut, histoire d'avoir une vue d'ensemble.
La responsable des relations internationales d'Athènes monte sur l'estrade, commence son speech en anglais : « Bienvenue, on vous souhaite de réussir, de passer de bon moments, etc. etc. » Ouf ! J'ai tout compris, almost bilingual ! Tout le monde applaudit, puis bis, mais cette fois en français. Tout le monde applaudit, puis ter, en allemand. On s'arrête là, les autres devraient avoir compris l'idée. On nous invite ensuite à se lever, pays par pays pour descendre chercher notre certificat d'inscription, accompagné d'un kit de survie grec : un sac bandoulière de l'université avec à l'intérieur : un guide de Grèce (pour compléter notre collection:-) ), une carte d'Athènes, de la Grèce et grand Dieu ! Une carte des transports en communs, un Saint Graal que nous avions cherché tout le week-end sans pouvoir mettre la main dessus. S'y trouvait également un cahier spiralé plutôt classe et quelques papiers administratifs. Côté informations : nada, si tu veux en savoir plus, faut te diriger vers ta fac, là ils te renseigneront. Au passage, faut pas manquer la plage horaire : secrétariats ouverts un jour sur deux de 11 à 14h. J'irai donc y faire un tour mercredi.
Les personnes de l'association erasmus d'Athènes nous attendent à la sortie, nous proposent une carte d'adhérent et toute une semaine de soirées pour se connaître les uns les autres. Chacun se pose où il peut pour remplir la fiche de renseignements, j'engage la conversation avec ma voisine, qui se révèle être française. D'où viens-tu ? Angers. Toi aussi ? Yep, de Belle-Beille. Moi aussi ! Le monde est décidément très petit. Elle s'appelle Agathe. Il se trouve qu'Agathe n'a pas d'argent sur elle pour la carte, moi je n'ai pas de photo d'identité (on a cherché un photomaton tout le week-end, sans succès, après enquête, il devrait en rester un quelque part dans Athènes... Légende urbaine que personne n'a pu confirmer). Une autre française n'a pas non plus de photo. Résultat : on part à trois en expédition, une cherche un distributeur, les deux autres une boutique de photos.
On sort et on trouve notre boutique à 50 mètres. « Is it possible to take pictures ? » Le type nous regarde, on sent quelque chose pédaler dans sa tête et puis non, rien ne sort. Quelques mîmes plus tard, ils nous fait un signe de la tête : oui. « How much ? » Mîme de l'argent et réponse : 20 euros les 5. Rien que ça ? Agathe nous propose d'aller voir à Omonia, là où elle a fait faire ses photos, il paraît que c'est moins cher. On se rend donc à Omonia, on discute en route. Agathe est en lettres modernes, elle va suivre des cours donnés en français. L'autre fille, Orlane, est en droit et a des cafards dans sa coloc, elle déménage aujourd'hui. On arrive dans la boutique, 6 euros les 8 photos, plutôt intéressant donc yep, on y va. La vendeuse tire un store blanc en plein milieu, sort un trépier, un appareil photo numérique. Au final ça rend bien. On retourne à l'université faire nos cartes avant de nous séparer. Je rentre à l'appart rejoindre Marie.

Nous n'avons pas encore terminé de manger que Michel, notre proprio se pointe. Quelqu'un doit venir installer internet dans l'après-midi, il s'installe, comme gêné, comme si nous étions réellement chez nous, ce qui nous surprend mais nous satisfait en même temps. La conversation commence banalement, sur le temps qu'il fait, les grèves prévues (pas du tout de transport en commun aujourd'hui). On enchaîne ensuite sur la Grèce, l'Europe. Ça semble être vraiment la merde ici, plus de boulot, et tout augmente sauf les salaires. Un petit exemple : début février, le prix des transports a augmenté, le ticket semaine est passé de 10 à 14 euros, d'un coup, et c'est la même chose pour l'électricité, le pétrole, la bouffe, les clopes, etc. L'Europe est-elle en échec ? Me demande-t-il. D'un côté, indéniablement, le seul côté que l'on a construit : l'édifice économique. Reste, j'espère, un sentiment européen qui est partagé par les peuples, sinon oui, l'Europe est foutue. Ici ce n'est pas l'extrême droite qui flambe aux élections, mais l'abstention, la solidarité, selon Michel, est en voie de disparition. A l'heure où chacun voit ses problèmes enfler, ceux des autres peuvent paraître superflus, et voilà comment monte un individualisme primaire qui, au final, ne rend service à personne. La seule issue semble être un soulèvement populaire, mais il paraît que le gouvernement a trouvé la parade : si le pays est en faillite, ce n'est pas la faute à une mauvaise gestion mais aux citoyens qui refuseraient de payer les impôts, les médias relaient le message et une bonne partie de la population se sentirait responsable, elle culpabilise et n'ose donc plus manifester son mécontentement. Pour résumer, c'est bien la merde et c'est pas près de s'améliorer.

Le soir, ce fut la première soirée erasmus organisée par l'ESN Kappa. Descente à la station de métro Monastiraki, en plein centre. Un groupe attend. On suit le mouvement jusqu'à un bar pas loin où la salle du premier a été spécialement réservée. Marie et moi nous installons en bout de table, à côté d'un groupe de français qui « ne donnent pas spécialement envie ». Nous nous sentons un peu seuls, personne ne s'assoit en face de nous. Finalement nous nous faisons délocaliser à l'autre bout de la salle, pour compléter une table de quatre, ce qui ne sera pas plus mal puisque nous nous sentons vite à l'aise avec nos voisins : une allemande qui est ici depuis le début de l'année et un groupe de quatre autrichiens fraîchement arrivés. Au menu de la soirée : un litre de rakomélo, une boisson alcoolisée typiquement grecque qui se boit chaude. C'est sucré, c'est doux et ca cogne le cervelet. Cela ressemble un peu au chouchen de nos amis bretons, en plus fort. L'allemande en face de moi enchaîne, nous ressert, se ressert, et ya mas ! (Et oui, on a enfin appris à trinquer à la grecque!) La salle s'enfume, les langues se délient et l'anglais est dans toutes les bouches, c'est la première épreuve. On nous sert un peu de bouffe : tomates, concombre, féta, mousse et bien-sur... de la barbaque ! Agneau grillé, boulettes de viandes, saucisses... Dieu que c'est bon ! Et pour rincer le gosier, ya'mas ! Un ch'ti vers de Rokamelo va ! Nous partons vers minuit, lorsque les cruches sont vides, alors que la soirée se transforme lentement mais surement en orgie. Ça hurle à tout va, chacun se lève. Ce soir, c'est également la soirée de départ des erasmus du premier semestre. Nous autres débutants leur laissons la place pour leur dernière danse. De toute manière, on ne se comprend plus, trop de bruit et pas assez de maîtrise en anglais pour décoder son interlocuteur... On marche légèrement ivre, heureux d'être là, remontant vers Syndagma pour prendre le trolley de nuit. Même à cette heure, il y a du monde, de la vie, du bordel, un joyeux bordel.

Sans que l'on sache pourquoi, le troll s'arrête entre deux arrêts pour nous laisser descendre, c'est un peu ça Athènes : beaucoup d'imprévus, un monde qui ne répond à aucune logique, un monde bouillonnant. Nous rentrons lessivés, satisfaits de notre grosse journée avec beaucoup de choses à écrire le lendemain...

Marie et Seb

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire